Des graviers amoncelés, quelques rocs arrachés, une gueule s'ouvrant au flanc de la colline, un wagonnet renversé, quelques piquets marquant les limites, telle est la concession dont Hurricane possède les titres en poche.

Tous les creeks sont parallèles dans la direction de droite à gauche, mais, au sommet de chaque colline, ils s'arrêtent brusquement, comme si la veine nourricière était brusquement tarie.

Donc, le premier pionnier avait raison lorsqu'il plantait son pic au cœur de la colline. Hurricane œuvrera là, demain.

Décision prise, il l'expose à Billikins qui, moyennant un salaire raisonnable, a consenti à lui servir de second.

Billikins écoute. Sa face brique creusée de sillons obliques et ornée d'un tatouage savant, ne bouge pas. Seules les prunelles brunes sont mobiles. Une courte flamme les anime, puis il éteint son regard sous la broussaille de ses sourcils.

Lorsque Hurricane a fini de parler, l'Indien Cree étend la main et montre l'espace libre.

Il parle un anglais rauque, les paroles roulent dans sa gorge comme des cailloux dans un torrent :

— Ici, avant que les hommes blancs soient venus, paissaient les troupeaux de mooses. J'en ai dénombré moi-même plusieurs centaines qui, après avoir brouté l'herbe courte, descendaient à la belle saison, s'abreuver dans le fleuve.

« Ici, à l'époque où l'homme parlait comme le chien, se sont rencontrés le grand loup et le grand moose ; c'est le grand moose qui, de son sabot, a fracassé la mâchoire du loup. Depuis, les mooses vivent en paix sur leur terrain de chasse.

« Puis, ceux de ton pays sont arrivés et les mooses sont partis dans la forêt où, à chaque saison, recommence la bataille du moose et du loup.