« Mon corps a mal à sa belle âme », peste! Cher garçon, tu es orgueilleux. Si belle que cela, ton âme? Allons, montre-la, mets-la à nu. Etale tes qualités, fais la parade. J'écoute. Monte sur un tréteau. Comment? tu croyais que c'était un piédestal? Un tréteau, je te dis, quelques planches assemblées hâtivement. Si tu danses, il s'écroule. Ça ne fait rien, montre, montre, quand même, la marionnette de la vie.
Tu dis : « Je suis jeune, je suis la force, je suis la toute-puissance, je suis le Maître. »
Le Maître? Ah! non, je t'arrête, tu es mon serviteur.
Tu es le lion, je suis le moucheron. Rugis, écarte tes griffes, découvre tes crocs, hérisse ta crinière. Je te pique l'œil, tu pleures ; le naseau, tu grimaces. Vois comme tu es peu de chose.
Tu n'es qu'un homme, c'est-à-dire une bête qui souffre non seulement dans sa chair, mais dans son intelligence.
L'instinct? Tu n'en as pas. Dirige-toi seul dans la forêt, cherche au ciel les étoiles, interroge les bizarres inventions de ton esprit ; la piste n'est plus indiquée, trouve-la sans le secours de tes chiens.
Si Gregory Land est perdu, s'il s'est écarté de sa route, alors les lettres auront disparu avec lui?
Parbleu! c'est l'évidence même. Parmi ces lettres, il y avait une lettre que tu attendais? Je le sais aussi. Regarde ton égoïsme. Il y a des centaines de missives, elles t'importent peu, tu ne songes qu'à celle qui porte ton nom.
Voyons, voyons, ne t'attendris pas sur l'écriture, les majuscules endiablées. Un peu folle, Doll, tu sais…
Malgré le long séjour dans le sac de cuir, tu prétends reconnaître son parfum. Mes compliments. Ton odorat est subtil. Tu baises les feuillets, les mots te grisent. Poète, va! Gargarise-toi de mensonges, viande creuse de l'esprit.