Ne te fâche pas! Mais oui, elle ment parce qu'elle est une femme.

Tu as une poupée « pas comme les autres ». Tant mieux. Sur quel rayon l'as-tu choisie en magasin? Sur quel modèle est-elle créée? Elle dit : « M'amour! chéri! » C'est une fort belle personne. Mais si, fort belle, tu n'en doutes pas, j'espère. Tu hésites? Allons, sors-la, pour la vingtième fois, de ta poche. Entre les feuillets du calepin, la voici. Elle a les cheveux flous malgré le ruban, ses yeux sont rieurs, sa bouche est un écrin de chair. Elle a des fossettes moqueuses, un nez spirituel.

Tourne la page. Elle est là encore, la taille souple sous le sweater ; un bonnet de laine cache sa chevelure toujours rebelle, des frisons passent aux tempes. Ses frêles poignets tiennent la crosse. La ligne est heureuse. Tiens, tiens, qui est-ce ce beau garçon? Son partenaire? Son cousin? Tu crois ça, toi. Son cousin! Laisse-moi rire.

Passe, vite. La voici, rieuse sur le sable de Long Beach ; là, elle est à cheval sous les sequoias millénaires de Santa Barbara. C'est elle encore, fermière pour rire, appuyée contre la barrière de bois ; une graminée à la bouche, elle flatte le mufle blanc de la vache. Tableau champêtre. Dommage qu'il soit « déjà vu ».

Tourne, ami. Un groupe? Où est-elle? Ah! si, la voilà. Tiens, elle s'appuie sur l'épaule de ce garçon que tu t'obstines à appeler son cousin. Tu n'avais jamais remarqué? Mais oui, regarde. C'est le même, le golfer de tout à l'heure.

Ne déchire pas : à quoi bon? une image! Reviens à la première, détaille-la, recommençons : les cheveux flous, les yeux rieurs… tu n'avais pas aperçu cette griffe sous les yeux et ce pli volontaire des deux côtés de la joue. Tu n'avais donc rien vu? Il y a quelque chose de cruel dans ce visage. Ne cache pas avec ton pouce l'inscription, car il y a quelque chose d'écrit, n'est-ce pas? Je ne suis pas indiscret, garde « ta chère petite chose ».

Le doute est en toi, le doute est frère du cafard. Et le cafard, c'est moi, c'est moi, c'est moi, la bête qui ronge, la bête qui tue. Je suis dans ton cerveau comme un ver dans un fruit. Je mangerai le fruit. Il tombera à terre avec un bruit mou.

Mais avant, la folie, qui guette, viendra… Tu casseras ta poupée, tu crèveras ses yeux, tu briseras ses dents, tu disloqueras ses membres. Il ne restera rien que des chiffons épars avec un peu de son. Et tu seras seul, tout seul, comme aujourd'hui. Tout seul, comprends-tu?… Tout seul, sans amour, sans ami.

Alors, moi, je te prendrai.

CHAPITRE XIV