L'HOMME QUI GUETTE

— Hello, Billikins.

L'Indien s'avance, la démarche chancelante, les paupières lourdes. Le camp a retenti toute la nuit des lamentations de la cérémonie funèbre. Selon la coutume, les parents de l'enfant mort ont dressé un mât en haut duquel étaient accrochés des présents. Mais les présents aujourd'hui ne sont plus des flèches, des harpons, des couteaux, des dépouilles de bêtes : le monde nouveau est représenté par le whisky civilisateur.

Et dame, le whisky, pour des cervelles indiennes!…

Il y a eu des jeunes hommes qui se sont rossés, des chiens battus : les cris se sont mêlés aux prières.

Dans un an, on récitera de nouveau la formule pour ceux qui, cette nuit, étant ivres, ont été surpris par le froid.

Billikins a pris sa part, une part copieuse, mais il sait qu'il ne faut pas tomber en chemin si l'on veut se réveiller au matin.

Il a rallié la hutte d'Hurricane et il s'est affalé dans un coin où il s'est endormi, mêlant ses ronflements aux ronflements du poêle.

— Hello, Billikins!

L'Indien se dresse ; machinalement, il fourre le poing dans son couvre-chef auquel il essaye de faire reprendre sa forme primitive. Il se coiffe ; le melon cabossé laisse passer des mèches plates, lamentables. Hurricane rit.