Les chiens vont. Le traîneau glisse, les patins taillent la route glacée et crissent. Un sifflement rauque sort de la poitrine de Billikins : c'est l'Indien qui respire.
Les maxillaires sont à ce point contractés que la lame d'un couteau ne passerait pas entre les dents.
Et l'on va parce qu'on a la volonté d'aller.
Halte! A coups de hache, Billikins coupe les quartiers de phoques que les bêtes croquent avec un bruit de noix qu'on brise. Le thé ronronne dans la bouilloire. Le bois humide produit une fumée âcre qui fait tousser l'Indien. Debout sur une hauteur qui domine le Yukon, Hurricane interroge le trail qui se déroule à perte de vue.
Le paysage est figé dans sa splendeur polaire. Rien ne bouge à l'horizon. L'homme s'obstine à guetter l'improbable venue jusqu'à l'heure où le crépuscule descend et, avec lui, tout de suite, une morne nuit sans étoile.
CHAPITRE XV
UN VOL OBLIQUE DANS LE CIEL
— On part, master?
— Oui.
Chaque matin, c'est la demande de Billikins, la réponse d'Hurricane. On va, on court, on s'arrête, on scrute l'horizon et, dans la nuit, on revient pour repartir à l'aube. Les chiens sont éreintés. Hâve, Billikins ne se soutient qu'à force d'orgueil. Hurricane est en splendide forme. Les muscles durs, la volonté maîtresse de ses nerfs, il est beau comme un héros antique.