Les deux hommes courent derrière le traîneau. C'est Billikins qui tient la barre.
— Coupez à droite. Prenez le fleuve, la piste est bonne.
— La descente?
— Non, la remontée.
Le froid est intense. Des milliers d'aiguilles s'enfoncent sous la peau. Les hommes ont relevé le capuchon de leur parka, mais, par instant, sans arrêter leur course, ils se frottent violemment les joues pour éviter la gelée. Sous leurs moufles, les doigts sont gourds, les articulations craquent.
Sur la rive du fleuve, arbres et rochers portent des traces de gélivure, les écorces ont éclaté, les pierres se sont fendues.
Savez-vous ce que c'est que d'avoir froid dans les poumons? Avoir froid en soi, dans soi ; avoir, sous la peau tannée, sous la peau entraînée, une carcasse qui tremble, le sang qui s'arrête, le cœur qu'une invisible main poigne ; la bête qui vit dans le poignet et dans les tempes respire imperceptiblement, prête à mourir.
Et cependant l'on va, parce que la machine humaine est quelque chose d'admirablement construit ; on va, cependant que le vertige fait des ronds dans la mémoire, que la piste est une courbe, l'horizon une circonférence dont l'équipage est le centre.
Sept chiens? Mais non, ils sont quatorze, vingt, cinquante! Les sapins défilent comme, dans un théâtre pauvre, de pauvres figurants. Ce sont toujours les mêmes qui passent. Ils sont la foule, du moins on en a l'illusion.
Le Yukon, muré sous quatre pieds de glace, n'a plus douze cents mètres : il se divise en plusieurs branches ; les deux bras écartés on toucherait les rives.