Du 11 au 23 avril, on a couru le trail par une température abominable ; aujourd'hui, 24, le thermomètre est remonté de plusieurs échelons. 16°, c'est exquis… Et l'on reste à la maison. Vraiment, de quoi est faite la cervelle des hommes blancs.

Et Billy s'amuse à regarder les garçons qui passent.

Tiens, Mac Waddington a mis un col de castor à sa veste de peau. William N. Flattery a des bottes neuves. Espérance Picard, le Canadien de la paroisse de Québec, a ses raquettes sous son bras.

Mais la seule rue du camp est peu réjouissante. Il n'y a plus aucune animation, et Billikins, délaissant la terre, laisse errer sa pensée vers le ciel.

Le ciel, moins lourd de neige, est d'un gris perlé. Des nuages y poursuivent une route incertaine. C'est très amusant, les nuages. On y retrouve toutes les figures sculptées sur les totems : le hibou, l'ours, le glouton, le renard, l'élan, le phoque, le morse, le loup et le corbeau. Des figures humaines aussi… Un rire silencieux plisse les yeux de Billy qui reconnaît certains de sa tribu.

Soudain, il cligne les paupières… Non, il ne rêve pas : là-bas, montant de l'horizon, ça n'est pas un nuage, il en est sûr… Ce sont des oies, les oies qui viennent du Sud, les oies annonciatrices de la saison nouvelle. La terre va quitter sa robe glacée, des torrents tumultueux vont courir, le fleuve va bouillonner… Les herbes, les fleurs, le printemps!

Il répète machinalement :

— Les oies! les oies!

— Que dites-vous?

Hurricane ne dormait donc pas aussi profondément qu'on le croyait.