Les peuples heureux ont des histoires qui sont l'Histoire tout court.

Exaltation du courage. Les vertus civiques valent mieux que les vertus guerrières. Mourir pour une belle cause est juste, mais mourir sans savoir pourquoi ou pour qui est impie.

Le destin est dans le cornet de cuir où se choquent les dés, c'est lui qui tient « la main ».

Le vaincu n'est pas celui qui perd, mais celui qui passe ; celui-ci s'élimine de lui-même. C'est le suicidé. Le perdant a vibré une minute, une heure, une vie. Il a vécu.

« I take a chance », c'est la phrase qui est sur toutes les lèvres, et la plupart ne sont pas là pour l'appétit de l'or, mais pour les émotions du jeu.

Des creeks délaissés monte l'espoir des récoltes prochaines ; les lourds pilons du moulin qui broie l'or scandent la promesse des richesses futures.

Dehors, le paysage glacé s'immobilise, mais on sait que demain viendra. Alors, dans le saloon, les garçons ont le cœur en fête, les enjeux sont criés, les chansons mêlent leurs refrains, l'accordéon gémit à contre-temps de la guitare, cependant que le phonographe tourne des choses nasillardes qui font s'esclaffer les chercheurs d'or.

Il y a des bruits de verres, des trépignements de danses, des cris d'ivrognes, des offres de paris.

Whisky and gin, half and half.

— James, vous serez « ma dame » pour le prochain fox-trot.