Le grand silence blanc!

Hein! quoi… Ah! oui, je ne rêve pas… les solitudes glacées, les neiges éternelles… je suis servi…

Tempest a repris sa place auprès du foyer, il grogne, l'air heureux. Mac O'Neil confectionne un cocktail savant, et il parle, il parle…

Mes Noëls d'étudiants, dans la ville aristocratique où le ciel est clément. La nuit trouée d'étoiles, la théorie des jeunes gens qui passent chantant des refrains grivois… Mes camarades, je vous vois: Broche, si drôlement ivre; Bartek, au large sourire; Sapiens, Catacloum… Je vous vois aussi, Lise, Margot, Daisy, Mourrette, poupées qui enchantiez nos âmes de vingt ans…[1]

[1] Voir: L.-F. Rouquette, La Cité des Vieilles.

Les cloches sonnent à la volée, les cloches qui chantaient à ma naissance, les cloches qui pleuraient au cercueil de mon père… Le vent m'apporte leurs voix graves qui passent sur les eaux, qui passent sur les terres et qui, après une randonnée de huit mille lieues, mettent de la joie dans mon âme, du soleil dans mon cœur.

Noëls de Provence illuminés de foi naïve… Les Santouns… Les Saints… viennent pour adorer l'Enfant sur la paille de l'étable… Les rois Mages et les bergers, tous si drôlement accoutrés. Un court dialogue persiste que j'entends avec netteté.

Hérode est là, Hérode, le méchant roi tueur d'enfant, le seul qui parle français—parce qu'il est le Roi—le serviteur arrive, vêtu d'une peau de mouton; il parle provençal, car il est d'une basse origine…

—Gran Rei, vaqui li reis Mages.

Et Hérode, qui parle français parce qu'il est le Roi, étend la main avec majesté et laisse tomber de ses lèvres augustes cette phrase: