Moi qui n'ai pas reculé devant le grizzli des Rocheuses, j'ai peur. Je suis tout seul, Seigneur, ne m'abandonnez pas! tout seul, tout seul, perdu dans l'immensité blanche de la terre polaire…
Que faire? Que devenir? La fièvre bat à coups précipités mes poignets et mes tempes… J'ai chaud et je claque des dents.
Si je mourais là, par aventure, qui le saurait? Personne.
Non, non, je ne veux pas, je ne veux pas… Au secours, quelqu'un, venez, venez… je ne veux pas rester tout seul.
Maman, maman, j'ai peur de la méchante bête. Je ne puis rien contre elle, elle ronge mon cerveau, vrille ma tête, elle se repaît de ma chair, lambeau par lambeau…
J'ouvre la porte et je hurle dans la nuit:
—Tempest, ici, Tempest…
Le chien, me croyant en danger, accourt l'aboi furieux.
—Entre.
Peureuse, craignant d'être battue, la bête passe…