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Un sifflement. Un cri horrible. Un tumulte de pas précipités. A nouveau, des cris… Je sors de ma cabine pour aller aux nouvelles. Un groupe remonte de la chambre des machines. Les gémissements finissent en une plainte rauque et continue. Je m'informe. Un retour de vapeur a brûlé, atrocement, un soutier. La vision est infernale. Les yeux vidés laissent voir deux trous sanglants. La bouche se tord, noire et rouge. Le corps entier n'est qu'une plaie à laquelle des lambeaux de vêtements adhèrent encore.
Les passagers s'empressent, inutiles. Le capitaine interroge:
—Y a-t-il un médecin parmi vous?
Les émigrants se regardent l'un l'autre, personne ne répond.
Le capitaine insiste:
—Vous n'allez pas le laisser mourir comme ça…
Alors, je songe que j'ai, il y a bien des années déjà, préparé l'examen de l'Ecole de médecine navale de Bordeaux.
Le cercle s'est ouvert devant moi. Je me penche sur le blessé. Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte que l'homme est perdu. Il faut abréger cependant ses souffrances.
Le plus urgent est de débarrasser les plaies du linge qui plaque.