Il va vers son gîte, revient vers moi, et ne me quitte plus du regard.

Alors, pour faire comme lui, dans cette immensité où rien ne paraît, où rien ne vit, ayant rangé mon traîneau et sorti mes outils, je commence à construire un abri pour la nuit.

Hâtif, je façonne une hutte de neige, un igloo à la façon des Esquimaux. Un peu d'eau jetée sur les blocs les unit plus solidement que le meilleur mortier.

Au bas, j'ai ménagé une porte étroite sous laquelle on passe en rampant. On pénètre ainsi dans une chambre circulaire de quinze pieds de diamètre… Je jette sur le sol battu, deux peaux de phoques et une couverture. Je ménage une place pour ma cantine… une étagère s'improvise bientôt pour mes objets usuels.

La clef de voûte est un bloc de glace équarri. J'y suspends ma lampe, une lampe primitive où brûle un lumignon qui flotte dans l'huile de phoque…

L'odeur m'écœure toujours un peu. Mes nerfs de civilisé sont encore sensibles…

Je sors… Mes chiens ont disparu sous la neige. Seul Tempest m'attend sur le seuil. Son œil pétille de satisfaction. Il remue sa queue avec contentement, je lui tapote les flancs. Il disparaît heureux dans son trou de neige…

Et comme je reviens un peu étonné vers mon igloo en levant la tête, j'aperçois devant moi, par-dessus le mont que nous avons descendu à une allure si vertigineuse, j'aperçois un tourbillon qui vient à la vitesse d'un cheval au galop.

—Ho! ho! nous allons avoir une sacrée tempête…

Et je comprends, tout à coup, la hâte de mes chiens et l'esprit de Tempest qui a prévu l'ouragan. Il a senti que si nous étions surpris par lui dans la montagne, c'était la mort.