La bête, avec son intelligence sûre, a eu conscience de cette chose…

Elle m'a sauvé la vie tout simplement… J'éprouve mon igloo du poing. Il est dur comme du granite.

La tempête peut arriver maintenant. Je la brave. Et tout en émettant des pensées philosophiques sur les bêtes en général et Tempest en particulier, à quatre pattes je me glisse dans mon abri, cependant que la hurlée de l'ouragan monte et passe, avec bruit de galopade fantastique…

Pour une sacrée tempête, c'est une sacrée tempête! La neige tombe, épaisse et rude, que les vents emportent en tourbillons. Il ne doit pas faire bon à cette heure sur le trail de la montagne.

Je savoure, en égoïste, la joie d'être à l'abri… Je paresse, allongé sur mes peaux, les mains sous ma nuque, les jambes tendues vers le feu sur lequel la bouilloire de cuivre chante.

Un instant, mes mocassins qui fument m'intéressent, puis c'est la flamme courte de ma lampe, toute pareille à un œil jauni, qui retient ma pensée. Je me sens fort, je me sens sain, je suis heureux…

La rafale n'ayant plus rien qui lui résiste passe, frénétique, courant droit sur la plaine comme une bête enragée.

L'âme du café s'éveille, elle monte lente, comme un parfum, et bientôt elle emplit ma chambre. Mes narines battent, mes paupières se ferment à demi; au travers de mes cils j'aperçois encore un tout petit point lumineux qui troue ma nuit. Le rideau tombe doucement et je glisse au royaume des songes.

Et mon âme légère évolue, elle a quitté son enveloppe de chair, elle tourne en rond dans la chambre, puis elle danse devant la courte flamme. C'est le vol autour des lumières et bientôt la flamme l'attirant, elle s'identifie avec elle… L'âme du feu, pureté première, a pris l'âme de l'homme dépouillé des bassesses charnelles.

La flamme est descendue de la lampe primitive. Elle vagabonde à son tour, de-ci de-là, là-bas, plus loin, ailleurs, ici… Je veux la saisir, mais un poids m'oppresse qui m'accable et me cloue.