L'étincelle de mes yeux est morte… je suis aveugle et pourtant je vois dans ma nuit intérieure, je vois l'étoile qui conduisit les croyants en marche vers l'adoration des Saintes Images.

Un saut léger, elle a disparu. La nuit. La grande nuit froide et bleue de décembre… Non, la revoilà. Elle anime à nouveau le cœur familier de la lampe. Une lampe! non, une veilleuse dans le temple… Elle est enclose dans la richesse des métaux, parmi l'or pur et les gemmes précieuses. C'est le cœur farouche de l'Islam qui brûle dans le sanctuaire de Moulay Idriss; mais oui, Moulay Idriss, je suis à Fès, voici le souk et la rue Chemmaïne où se tiennent les marchands de dattes, de figues, de cierges et de gâteaux, des marchands, graves et paisibles, qui, accroupis, attendent le client en égrenant d'un geste uniforme leurs chapelets aux grains oblongs.

Mais non, c'est la lampe de Julien… de Julien qui veille, dans son palais de Lutèce, cherchant où est la Vérité.

Le monogramme du Galiléen flambe sur le labarum portant en auréole la prophétie faite à Constantin: «Par ce signe, tu vaincras.» Mais là-bas, par delà les collines monte l'éternel Dieu de lumière, Mithra, père du Monde.

Hélios ou Christ? Qui? Les légions inquiètes attendent.

La nuit encore. Des couloirs sombres où l'on s'enfonce en rampant avec la sensation affreuse que le couloir va en s'amincissant et que le plafond descend, descend. Mais voici que la lueur reparaît, agrafée aux chapeaux des mineurs… Des hommes peinent un labeur immense pour arracher à la terre la pierre noire qui porte en elle le principe du Feu. Mais non, je suis fou, du charbon, ça? Non. De l'or. Les murs s'élèvent à une hauteur vertigineuse, la petite flamme se transforme en un brasier effrayant; la voûte, les parois, le sol, tout est en or. Le métal jaune illumine la nuit de son rayonnement, c'est un soleil de feu d'artifice qui gire en lançant aux murs des gerbes d'étincelles; et moi, aussi, je suis en or, l'or coule, il ruisselle, il pénètre ma chair comme une pluie, il circule dans mes veines et le sang chassé remonte à mon cœur… je vais mourir, le poids m'écrase…

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—Satanée bête! Que faites-vous là?

Je me dresse et reconnais Tempest.

—Tempest, mon ami, vous êtes un âne… oui, un âne…