Cette fois, c'en est trop, j'interviens et le rudoie; j'essaye de lui faire comprendre toute l'horreur de sa conduite, mais Kotak n'est pas ému pour si peu. Il m'explique:
—Aux bonnes pêches, aux chasses heureuses succèdent les périodes de famine: on supprime alors les bouches inutiles. Ce sont les vieux eux-mêmes qui demandent à mourir.
«Nous ne sommes pas des barbares, nous leur évitons de voir la mort en face; on les empoisonne, un jour, sans qu'ils s'en doutent, puis on leur tranche la gorge et on les donne en pâture à nos chiens.
—A vos chiens?
—Bien sûr, et puis les chiens, c'est nous qui les mangeons.
Ce jour-là, je ne poursuivis pas l'entretien plus avant.
V
LA CITÉ DES PHOQUES
Entre le 171e et le 169e degré de longitude, à l'ouest de Greenwich, il est une île qui, sur la carte, a l'air d'une poule s'enfuyant déplumée. C'est Saint-Paul, l'île des Phoques.
Cette poule a trois poussins, Saint-Georges au sud-est, l'île des Morses à l'est et l'île des Loutres au sud-ouest. Toutes quatre sont connues des navigateurs et des géographes sous le nom des îles Pribilov, que les Esquimaux Aléoutes nomment plus simplement Atik.
Saint-Paul, la poule déplumée, est une île rocheuse, parsemée de cônes et de cratères. Il est fort probable qu'elle serait restée inconnue s'il n'avait pris, un jour, la fantaisie à Messieurs Phoques de la choisir comme domaine.