Mais là des animaux commandent et non des hommes.

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Et quand la saison est finie, lorsque les premières brumes d'automne enveloppent les hautes falaises de Saint-Georges et les cônes volcaniques de Saint-Paul, Messieurs Phoques, suivis de Mesdames Phoques et des Babies Phoquelets, se mettent en route vers les mers du Sud.

Des milliers de célibataires—les bachelors, comme disent les marins anglais—qui les années précédentes évoluaient, libres dans la mer libre, ne reviendront pas; ils ne pourchasseront plus le flétan et le saumon, ils ne joueront plus sur la crête des vagues en renâclant et sifflant, ils ne se laisseront plus porter, les griffes ouvertes, par les courants.

Hélas! leurs dépouilles sèchent, depuis des semaines déjà, sur les claies des abattoirs; leur peau, tondue au rasoir, débarrassée des poils raides et couchés, ne garde que la bourre brune qui, entre les mains du faiseur de Londres ou de Paris, deviendra pour les épaules de nos belles ladies de la «loutre marine».

Pauvre Bachelor dépouillé, ta chair, qui est loin d'être savoureuse, a fait les délices de quelques-uns de mes amis Aléoutes ou Innuits, et ta graisse bouillie, fondue, a été échangée aux trafiquants contre quelques dollars ou plus souvent quelques gallons de whisky.

Tout ce qui vient de toi, le plus inoffensif, le plus sage peut-être de tous les animaux, sert au trafic.

Jusqu'à tes dents que, pour dix cents la pièce, on peut se procurer dans les shops de Seattle et de Vancouver.

Avoir couru le Pacifique de l'île Juan-Fernandez à l'archipel de Pribilov pour finir en breloque sur le ventre tendu d'un bourgeois satisfait, quelle triste destinée! Vrai, ce sont bien là inventions des hommes.

VI
DE L'UTILITÉ DU PARAPLUIE CHEZ LES THLINKITS