Une lourde fatigue accable mes paupières; je secoue ma torpeur, si je m'arrête, je dormirai, et si le sommeil me gagne, c'est la mort…

Come on, boys, Ehô Ehôôô.

Les bêtes, excitées de la voix et du fouet, donnent un suprême effort.

Tout à coup, Tempest, le leader, lance un aboiement… Pourquoi cette joie? Mes yeux cherchent… je ne vois rien.

Lui a vu, ses camarades ont compris: le traîneau glisse sur ses patins de cuivre… je laisse faire… les guides molles. Appuyant sur la droite, les chiens tirent, leurs mâchoires claquent, l'aboiement du leader a fait place à un grognement continu qui a l'air d'un gros rire… Et soudain, je vois aussi… Là-bas, une mince traînée grise… C'est le trail… nous sommes sauvés…

*
* *

Nous courons depuis trois milles sur le trail de la poste, les chiens paraissent avoir oublié la fatigue… mais la nuit va venir et l'excitation tombée, que deviendrons-nous?

Mais le Dieu des coureurs de bois nous protège… Les chiens jappent tous à la fois et s'arrêtent devant une hutte de sapin.

Sans frapper, je pousse la porte en lançant mon plus aimable hello! mais pas un souhait de bienvenue,—ainsi qu'il est de coutume—ne m'accueille… J'entre, la demeure est vide…

J'en use librement, selon la loi établie par les rudes hommes du Nord. Je bats le briquet. Je fouille les coffres, je trouve des vivres pour mes chiens qui les reçoivent avec une évidente satisfaction.