Mgr d’Ibora est le premier missionnaire qui sema et récolta du grain dans l’Athabaska ; le premier il construisit une école et un moulin à moudre le blé.
Cette école, ce moulin, ce sont les plus belles conquêtes qu’un homme puisse inscrire au livre de sa vie.
Il a, comme saint Paul, beaucoup travaillé de ses mains, comme l’Angelico, il a mis toutes les splendeurs de son âme en des fresques naïves.
Mes mains tremblaient tandis que j’accrochais la croix sur la robe violette. Mais il me semblait que, dépassant ma fonction, et saluant la vérité, c’étaient tous ceux qui ont fait de leur vie un sacrifice quotidien, que je décorais sur la poitrine d’un seul.
Ah ! j’aurais voulu, à la fois justicier et poète, avoir au bout des doigts des poussières d’étoiles pour les faire resplendir et rayonner sur tous ces cœurs !
Et maintenant la cérémonie est terminée. Dans le palais épiscopal — maison de bois qu’il édifia lui-même — nous sommes comme des petits enfants autour d’un Patriarche, écoutant sa parole de miel, tandis que dehors la bourrasque fait rage, démon qui ne peut rien contre la Maison du Seigneur, et que la neige tombe, blanche comme l’âme de ces fils de France qui, sous le signe de la Vierge, se sont faits les serviteurs de Marie, pureté première et consolatrice du monde.
CEUX QUI PRÉPARENT LA MOISSON
Le Père Falher s’est offert à moi, sur la belle terre canadienne, par une rude journée de froid. Enveloppé dans une peau de bique, la barbe en bataille, il m’a dit avec un sourire bon enfant :
— Je vous présente la bête dans ses poils.