Cérémonie dont je garderai le souvenir impérissable.
Les religieuses de la Providence — religieuses qui ont tout abandonné pour accomplir ici leur mission de charité — les orphelins, les orphelines… Il y a des chants en français, des compliments en français, des discours en français, et parmi les guirlandes le drapeau du Régiment de Carignan, qui atteste que le Canada se souvient.
Au nom du Président de la République, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés… j’ai prononcé les paroles sacramentelles, le cœur à la fois glorieux et humilié d’avoir à épingler, moi, journaliste errant, sur cette poitrine magnifique, la Croix des hommes auprès de la Croix de Dieu.
Qui est Mgr Grouard ?
Ecoutez la simple citation : « Venu au Canada, en 1860, il y a toujours résidé depuis : a fait connaître et aimer le nom de la France en Alberta et jusqu’aux extrémités du Nord ; une foule de noms géographiques sont français grâce à lui ; prêtre zélé, missionnaire infatigable, navigateur, géographe, explorateur, bâtisseur de villes, architecte, peintre, compositeur, écrivain, agriculteur, il est, à quatre-vingt-cinq ans, le pionnier le plus intrépide du Grand Nord.
« Il a recueilli les orphelins et les orphelines dans les institutions françaises, fondées par lui, a sauvé la vie de Mgr Clut en une circonstance mémorable ; a protégé, au péril de sa vie, des femmes indiennes exposées aux brutalités de leurs maris, a soigné les malades et consolé les agonisants, a publié des livres sur la Religion en huit langues indigènes. »
Y a-t-il une chose plus belle ?
Et quelle leçon par l’exemple !
Mgr Grouard, évêque d’Ibora, est la pure incarnation du génie de la France ; il est pétri de ce limon de la terre gauloise qui a vu naître les Bernard et les Vincent de Paul et les héros qui sont partis pour donner à leur patrie le prestige des grandes nations, les d’Iberville, les Marquette, les Francis Garnier, les de Foucauld.
Il n’est pas de ceux qui passent pour conquérir à la pointe de l’épée, dans le pillage et dans le sang, un empire provisoire, mais il est de ces pionniers qui donnent tout leur cœur à la cause qu’ils servent, nobles, désintéressés, bâtisseurs d’avenir.