D’Edmonton à Enilda, quinze heures en tortillard à travers la plaine glacée.

A Enilda, le traîneau, au petit matin, par quarante degrés sous zéro[3]. Les grelots tintent, effarant les lièvres polaires, aux longues oreilles pointues. La caravane met trois taches noires sur la neige ; il y a avec moi le juge Lucien Dubuc, le député Giroux, Paul Jenvrin, agent consulaire de France, l’Honorable M. Hunt, représentant Sa Majesté Britannique, l’ami Romanet, un Français de France, qui vient d’accomplir un voyage de sept années dans l’Extrême-Nord, de la Terre de Baffin aux îles Herschell, pour visiter les forts de la Compagnie de la Baie d’Hudson, dont il est le surintendant pour l’Alberta, l’Athabaska et le Mackenzie.

[3] Le 13 mars 1925.

Il y a aussi ma femme, qui disparaît sous les chandails et les toisons de bêtes…

Tout va bien jusqu’au petit lac des Esclaves. Mais dès que le traîneau s’engage sur le lac, le blizzard nous happe.

Un beau froid, en vérité !

Là-bas, sur la colline, dominant la plaine où le lac est couché, la mission Saint-Bernard, domaine de Mgr Grouard. Elle paraît toute proche, mais combien lointaine.

Enfin, nous arrivons.

Le vénérable prélat — il a quatre-vingt-cinq ans — nous attend. Ses collaborateurs l’entourent, et les métis et les Indiens.

Quelle simplicité, quelle douce émotion ! Combien paraissent vaines à cette heure les querelles politiques et mesquines les colères des hommes.