[2] Dans les régions du Grand Nord ; dans celles du Mackenzie, une âme par 100 kilomètres carrés.

C’est pour cette moisson que les Oblats se sont mis en route, parcourant des milles et des milles en raquettes, suivant la trace de leurs chiens sur la piste effacée par le blizzard, sautant les rapides sur des canots d’écorce, halant, comme des mercenaires, les lourdes barges dans les passes mauvaises, vivant dans des huttes de sapin qu’ils construisent eux-mêmes.

Souffrant le froid, la faim, l’âme ployée sous l’horrible solitude du grand silence blanc, mais toujours prêts au sacrifice, jamais désespérés, donnant tout leur amour au troupeau confié par le Maître.

Là où le sinistre Arouet ne voyait que des « arpents de neige », des villes ont surgi, des villages se sont groupés : là où régnait la violence, la paix s’est établie.

Voilà l’œuvre des Oblats o. m. i. (Oblats de Marie-Immaculée) : ces trois lettres resplendissent dans le ciel de gloire du Canada.

C’est une épopée admirable qui n’a pas eu d’Homère.

Qui dira votre effort, Père Lacombe, que les Cris appelaient arsous kitsi parpi, l’homme-au-bon-cœur ? Mgr Laflèche, qui arriviez « dans un petit canot avec deux sauvages et un jeune métis » ? Mgr Taché, qui portiez dans le sang tout le passé de Joliette, le découvreur du Mississipi et de la Vérendrye, l’explorateur du Far-West canadien ? Mgr Faraud, vous qui aviez quitté le ciel bleu du Comtat pour défricher la forêt nordique et faire lever la moisson divine ? Mgr Clut, qu’on nommait « l’évêque de peine » ? Mgr Grandin, dont l’âme sainte est un présent direct de Dieu ?

Et les autres, tous les autres, ouvriers obscurs et laborieux, que j’ai rencontrés sur les pistes du Nord, qui chantera votre vie misérable et si belle ?

Je suis venu à Edmonton pour accomplir un acte de foi et pour glorifier au nom de la France le meilleur d’entre vous. Ce rare Mgr Grouard qui, depuis soixante-cinq ans, évangélise les Indiens et à qui le Gouvernement français a conféré la Légion d’honneur.