J’ai traversé la province de Québec, l’Ontario, puis ce merveilleux Manitoba, où les récoltes futures dorment sous la terre glacée, puis les plaines de la Saskatchewan où les chevaux sauvages errent, la crinière fouettée par les rafales de neige.

Et voici Edmonton, au cœur de l’Alberta ; Edmonton, la ville prodigieuse, simple poste de trappeurs il y a quarante ans, aujourd’hui capitale d’un Etat qui sera demain un des premiers de la Puissance.

Edmonton, clef de ce Grand Nord mystérieux, où, dans les forêts inviolées, paissent les troupeaux de caribous et d’orignaux et vivent les bêtes aux royales fourrures : renards argentés ou bleus, visons et hermines, mouffettes et castors.

Là vivent aussi des hommes, derniers vestiges des grandes tribus qui étendaient leur domaine de l’Océan à l’Océan, du Cercle Arctique aux lacs du Sud : Montagnais et Pieds-noirs, Castors et Couteaux-jaunes, Plats-côtés-de-chiens et Esclaves, Peaux-de-lièvres et Loucheux, Cris de la plaine et Cris des bois, tribus jadis errantes, maintenant pour la plupart encloses en des réserves où elles achèvent, fières et résignées, une vie qui fut semée de batailles, de victoires et de famines.

Mais aujourd’hui ils ont l’apaisement de Dieu, du Dieu de rédemption qu’ont apporté les hommes-de-la-prière, ces missionnaires venus de la douce France pour gravir sur ces terres désolées le plus abominable des calvaires.

Ils sont venus, n’ayant qu’une arme : la parole, n’ayant rien à offrir que la Charité et la Foi.

La Charité, la Charité, la Charité ! Trois fois Mgr de Mazenod[1] répétait ce mot sur son lit d’agonie, à l’heure précise où s’entr’ouvraient pour lui les portes lumineuses de l’éternelle vie.

[1] Mgr de Mazenod, évêque de Marseille, fondateur de la congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

La Foi, ils la portent dans leur cœur comme un soleil.

Une âme par 250 kilomètres carrés ![2]