A travers la membrane parcheminée qui sert de vitre, il aperçoit la grande croix que, hier, son confrère a plantée. Un sourire tend ses lèvres, on l’entend murmurer :

— Je suis content, je suis content, je meurs heureux maintenant que j’ai vu l’étendard de Notre-Seigneur élevé jusqu’aux extrémités de la terre.

Jadis, l’émir Okba, poussant son cheval dans les flots sur la côte marocaine, attestait Allah qu’il avait apporté sa puissance aux limites des régions connues.

Dans une même pensée, deux destinées s’affrontent, l’une faite de violence et de sang, l’autre de paix et d’amour.

Le conquérant porte son Dieu à la pointe du glaive, le sabot des chevaux heurte des crânes d’enfants qui s’ouvrent comme des grenades trop mûres. L’apôtre déchire ses pieds aux cailloux des chemins, il n’a qu’une arme : la parole et cette parole est de miel.

Good Hope ! Notre-Dame de Bonne Espérance !

Les Peaux-de-lièvres sortent, d’autres entrent, s’agenouillent et prient.

— Laissez, laissez, mon Père, ce sont mes enfants.

Oui, ses enfants, au sens absolu du mot. Il les a créés à la vie spirituelle, il les a disputés, un à un, au paganisme, à l’hérésie, pour eux il a souffert.

Ne l’a-t-on pas trouvé errant sur un lac, ayant mangé jusqu’à ses mocassins, passant et repassant sa main sur son visage d’un geste convulsif ?