« Nous espérions toujours que la Robe-noire viendrait nous apprendre la prière. Nous l’attendons chaque printemps. Nous avons vieilli, nos enfants sont devenus grands et nous ne savons pas encore prier ni chanter la prière.

« Alors, j’ai dit à mes fils, descendons vers la mer. »

Tel est le message que porte l’envoyé du chef des Naskapis de Petshikupan, dans la baie du Gros Homme[37].

[37] Tshé shats heu.

La tribu s’est mise en marche, à travers les bois, pour se rapprocher des hommes qui portent avec eux le salut.

Et les Pères Deléage et Pian suivent le messager.

La descente du Kepeskak est facile, mais bientôt la misère commence. C’est le portage dans les marais. Il faut s’arracher à une boue gluante, on s’enlise sous le poids du canot, des roseaux coupants meurtrissent les pieds. Chaque mètre est une douleur, chaque pas un supplice.

Enfin, voici la mer. Un sloop est là. On part. La voile s’incline doucement sous la brise et le soleil joue sur les flots ; le soir, le Fort d’Albany est en vue.

Mais, au réveil, le brouillard est venu, tissant sa brume entre le ciel et l’eau.

Trois jours passent. Calme plat.