— Chef de la prière, mon père est malade, très malade, il te demande de venir tout de suite, il veut te voir. Hâte-toi, il faut prier pour lui.

— Qui est ton père ?

Et le messager, comme honteux, répond, tête baissée :

— John Peters !

John Peters ! Le plus fameux païen de la tribu qui campe sur les rives du lac de Travers, dans le Kewatin. John Peters, le sorcier ! John Peters, le jongleur ! John Peters, le joueur de tambour !

C’est lui qui demande l’homme-de-la-prière ? N’est-ce pas une supercherie ? Un piège tendu à la bonne foi du missionnaire ?

Après une course dans les neiges, ne va-t-on pas trouver le vieux bougre et ses acolytes assis devant sa loge, frappant de sa main rapide la peau de phoque tendue sur une couronne de bois ?

Ils vont se gausser et bien rire. Ah ! ah ! ah ! La voilà la Robe-noire, que le Grand Esprit a mis de crédulité dans sa faible cervelle. Il dormait, il était bien au chaud, douillet et calme. Il a suffi de l’appel d’un gamin pour le faire lever, chausser ses raquettes et courir sur les pistes gelées. Ah ! ah ! ah ! Battez, tambour, riez avec moi ! voyez-le, voyez-le !

Mais le jeune garçon porte en ses yeux une angoisse profonde.

Il sait ce que pense l’homme-de-la-prière et n’ayant pas de mot pour le convaincre, il dit simplement :