On crevait vos yeux, vous chantiez ; on suspendait des haches rougies au feu autour de votre cou, vous chantiez ; on coupait vos mains, vous dressiez vos moignons sanglants vers le ciel et vous chantiez ; les fauves surgissaient de l’ombre vers la lumière du cirque et vous chantiez, chœur admirable, les louanges de Dieu et Dieu ouvrait pour vous son ciel de gloire !
Jean-Baptiste Rouvière et Guillaume Le Roux, le Dieu qui remet les péchés vous avait marqués au front. Depuis les siècles des siècles il vous avait choisis ! il vous avait élus. Vous êtes allés le cœur en fête vers la peine et vers la mort.
De Fort Good Hope à Fort Norman, de Fort Norman au Grand Lac de l’Ours. Morne voyage !
Au fond de la Baie Dease vous débarquez, les Esquimaux, pressés par la saison[43], ont levé le camp. Vous remontez la Dease aux rapides tumultueux, vous marchez dans l’eau, portant l’esquif, puis vous l’abandonnez et vous suivez la piste à pied, avec sur les épaules, votre besace de mendiant du Seigneur, votre Chapelle et quelques provisions, nourriture du corps, nourriture de l’âme.
[43] Mi-juillet 1912.
L’année se passe, au cœur de la Terre Stérile, dans la hutte du lac Imérénick.
Les Pères apprennent la langue, étudient le pays, les indigènes seront plus nombreux si l’on atteint le golfe du Couronnement[44].
[44] Coronation Bay, à l’extrémité nord du Canada.
Ils n’hésitent pas à reprendre la route. Avant, ils préviennent Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie, l’évêque au grand cœur qui les a envoyés.
— Nous allons partir. Bénissez-nous, Monseigneur. Et que Marie nous garde et nous dirige. On ne devait plus les revoir !