Les Cris avaient surpris la nation des Pieds-Noirs : ils en faisaient un grand carnage. Pied-de-Corbeau et ses jeunes hommes s’étaient jetés dans la bataille avec l’ardeur qu’ils tenaient des ancêtres. Le vieux chef Natous — le Soleil — l’avait pressé sur son cœur, lui disant :
— Mon fils, il faut sauver notre nation, mais sauvons avant tout la Robe-noire.
L’homme-de-la-prière, sa bannière blanche dans une main, sa croix d’Oblat dans l’autre, est au cœur de la mêlée. Une balle l’abat.
Alors Pied-de-Corbeau pousse son cri de guerre, son appel fanatise ses troupes. Le jeune chef s’élance, hurlant aux Cris et aux Assiniboines :
— Vous êtes des chiens ! Vous avez tiré sur arsous-kitsi-parpi, vous avez tué l’homme-de-la-prière.
Les Cris, honteux, se retirent.
Le sang versé par le prêtre avait apaisé les démons du carnage.
La protection de Dieu s’étendait sur le camp. Et les Pieds-Noirs, orgueilleux de leur race, rendirent hommage à celui qui vint leur apporter les paroles de paix.
Les années se sont écoulées, dures et pitoyables pour l’Oblat, errant d’une tribu à l’autre, prêchant la mansuétude et l’amour aux frères ennemis. Pied-de-Corbeau est devenu un chef fameux, il a conduit avec bonheur Gens-du-Sang et Sarcis à la poursuite du bison.
Il est l’ami loyal et fier sur qui l’on peut compter aux jours sombres.