Ces jours arrivent, révolte des métis, insurrection, batailles. Pied-de-Corbeau a promis au Père Lacombe que les Pieds-Noirs seraient fidèles. Ils le seront.

Quand la lune affamée se leva sur la prairie, non plus pour vingt-huit jours, mais pour des mois, sous leurs tipis de peaux de buffles, les Pieds-Noirs attendaient la mort, souffrant plus de l’humiliation que de la famine.

Ils mangeaient les carcasses empoisonnées des loups, faisaient « chaudière » avec les os des bœufs blanchissant dans le plaine.

Le Père Lacombe avait obtenu d’Ottawa des semences, des vivres, et l’espoir était revenu au cœur des hommes.

Dans la prairie, la nouvelle est passée plus vite qu’un cheval de chasse :

— Les jours des blancs sent comptés, et le buffle va revenir.

Gros Ours, le chef des Cris de la prairie, dont la réserve est voisine du lac de la Grenouille, parcourt la plaine et se signale par ses atrocités.

Le Jeudi Saint 2 avril[46], les Pères Fafard et Marchand sont massacrés ! et leur église flambe !

[46] 1885. Les Pères Fafard et Marchand, tous deux o. m. i.

Une vieille sauvagesse montagnaise — nouvelle Véronique — essuie le visage saignant des martyrs.