Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel et que brille sur eux la lumière sans fin.
Les Pieds-Noirs sont aussi loyaux que braves. Le chef et les guerriers ne bougent pas.
Aujourd’hui, dans son tipi, Sapomarxikaw va mourir !
Et les hommes de la médecine, les sorciers sont accourus. Pour chasser les esprits du mal qui rôdent, les crécelles grincent, les tambours battent, les cris montent, assourdissants. Les incantations magiques s’élèvent, puis les prières, et puis les chants.
Un silence.
Un vieillard se lève :
— O Manitou ! O Grand Esprit ! Ecoute les exhortations de ton peuple. Ce guerrier que tu vois couché, je l’ai vu sur son cheval qui se cabrait, il portait à sa ceinture les chevelures ennemies, preuve de sa vaillance.
Il nous a fait suivre la loi des ancêtres. Nous avons écouté ses conseils. Aux temps heureux, c’est par centaines que les buffles ont été abattus. Il a été bon, hospitalier, secourable, il a aimé les pauvres, ô Manitou, ô Grand Esprit, laisse-le parmi nous.
Et les clameurs recommencent ; un sorcier harangue les mauvais Esprits, cause du mal, une horrible vieille édentée, les cheveux au vent, le visage exsangue, pousse de rauques aboiements ; un sorcier souffle de la cendre sur le feu, pour éteindre la douleur qui brûle comme la flamme. On promène des fétiches autour du camp.
Les hommes jeunes sont abattus, les femmes déchirent leurs vêtements, les enfants pleurent, les chiens, le museau droit, hurlent à la mort. Dans le tipi en peau de buffle, cependant, le grand chef va mourir.