Je n’ai pas la joie de le connaître, mais j’ai vu son image. Il marchait courbé sous le faix, les genoux cassés, les jambes molles, ses yeux cherchaient la piste, il semblait prêt à s’écrouler et à mourir.
Mais on sentait que par un effort sublime, d’un coup d’épaule, il allait remonter son fardeau, assurer sa démarche et partir d’un pas mesuré mais sûr, vers des buts toujours plus lointains.
Mgr Charlebois, évêque de Bérénice, en Libye, vicaire apostolique de Keewatin, sait que sa journée n’est pas faite, il ne doit pas connaître les matins calmes où l’homme se réjouit de vivre.
« Quand je serai élevé entre le ciel et la terre, j’attirerai tout à moi. » L’heure de Mgr Charlebois n’est pas venue. C’est pourquoi dans l’humilité la plus absolue, dans la foi la plus ardente, Kitchi ayamihewikimaw — le grand chef de la Prière — continue à subir la pauvreté et toutes les misères que l’on trouve sur cette terre où ses prières ont fait descendre la bénédiction du Seigneur.
Il va, on le croit loin, il est ici.
Des Indiens l’ont reconnu. Ils crient :
« Makawob kitchi ayamihewikimaw ! » Voici le grand Priant qui arrive.
Et le Père sort de sa hutte de bois, il accueille un homme qui vient de faire un portage de deux lieues dans la boue et dans l’eau jusqu’aux genoux. C’est l’Evêque. Sa droite se lève, il bénit ses enfants.
… Un soir, le missionnaire dort. Il est très tard, la journée a été rude.
Un poing heurte la porte :