Le jour où la mitre a ceint son front humilié, une voix s’est élevée qui disait : « On n’est jamais plus grand que dans la douleur. Vous avez été préparé par l’épreuve et par le sacrifice. Vingt-trois ans sont passés qui, jour par jour, ont pesé lourdement sur vos épaules solitaires, mais votre zèle est inlassable. »
Et le R. P. Dozois, provincial des Oblats, ajoutait :
« Il a souffert en martyr, il a pleuré en saint. »
Mais, la crosse en main, l’Evêque est resté missionnaire.
Guidé par la volonté de Saint Pierre à l’épiscopat, Mgr Charlebois a vu s’ouvrir à son activité dévorante le diocèse le plus ingrat qui soit.
Ah ! certes, elles n’offrent rien aux convoitises humaines, ces terres du Keewatin, au nord du Cercle arctique ! Sur cette terre glacée, séjour de l’épouvante et de la mort, Mgr Charlebois est allé, acceptant son calvaire.
Ainsi il accomplit la mission qu’on lui a confiée.
« Votre cœur est plein de l’amour de Dieu, qu’il se déverse sur les âmes les plus abandonnées ; allez là-bas dans l’Extrême Nord, allez-y par Marie — Ad Jesum per Mariam, c’est là que votre modèle divin vous attend.
« Votre cathédrale, ce sera la tente de toile ou la voûte des cieux, pour véhicule, vous n’aurez que la misérable traîne à chiens. Votre peuple, ce sera le peuple indien, allez au Calvaire, allez ! »
Et Mgr Charlebois est parti ; depuis, comme le juif de l’opprobre, il a marché, portant à ceux qui souffrent la consolation de sa présence, aimant d’un amour surnaturel les plus bas, les plus ravalés. Il s’est donné avec passion au recrutement des soldats de la Foi, et nombreux sont ceux qui ont répondu : Présent ! à son appel d’apôtre.