L’ÉVÊQUE ERRANT

Celui-là est un Canadien de la Nouvelle-France, Canadien comme Mgr Provencher, Mgr Langevin — le grand blessé de l’Ouest, — Mgr Taché, comme le Père Lacombe.

Pareil à eux, il est Oblat. Sur cette terre aimée de Dieu, la Foi est une nécessité de l’existence. Elle est dans l’air que l’on respire, elle bouillonne dans le jaillissement des eaux, aux courbes des rapides, les arbres millénaires l’attestent dans la forêt impénétrable, elle passe sur la prairie avec la voix des cloches et le vent la porte qui peigne la moisson.

Famille canadienne aux mœurs patriarcales qui a su résister à la folie des siècles, tu es la plus pure manifestation de l’Esprit, puisque tu as su conserver malgré tout, malgré tous, la tradition léguée par les ancêtres.

Normands, Picards, Poitevins et Manceaux, vous avez gardé dans la persécution l’âme des premiers néophytes, et vous portez avec joie l’orgueil magnifique de votre terre canadienne.

Dans le miroir des eaux du lac des Deux-Montagnes, Charlebois, tout enfant, a lu sa destinée.

Sa vie pouvait couler unie et douce, pastorale et sereine, il a choisi d’autres chemins.

Croyant, il savait que Jésus n’a jamais été plus beau, plus rayonnant que cloué sur la Croix.

De son sang, l’Eglise a jailli, triomphante. Elle est née dans la douleur d’une étable, elle a grandi sous la verge des bourreaux, mais les cris de la populace n’ont jamais pu étouffer la voix de ceux qui annonçaient au monde que les temps étaient révolus.

Mgr Charlebois a subi toutes les souffrances du Nord. Sa jeunesse s’est usée dans la longue patience de la solitude, mais son âme est sortie de l’épreuve marquée du signe révélateur.