Dur travail, travail sain, des chansons rythment le tapage des marteaux, planche à planche l’édifice s’élève ;[50] six jours, les hommes peinent, le septième ils l’offrent à Dieu et leurs mains rudes, tailladées de coupures, crevées d’ampoules, consacrent l’Hostie sainte qu’ils élèvent pour la première fois aux yeux des païens étonnés.

[50] Tout a dû être apporté de Montréal, matériaux, outils, le ravitaillement aussi, pour une année entière. Sur ces terres il n’y a rien, absolument, ni arbre, ni végétation.

Mains travailleuses, mains agiles, vous étiez douces à Celui qui songeait à des mains pareilles qui se tendaient vers un petit enfant, là-bas, sous un ciel de Judée, dans un atelier où un Compagnon Charpentier s’activait.

Mains de Joseph, ô mains consolatrices, vous releviez des boucles blondes pour lire le destin sur le front d’un enfant, et vos yeux de bonté rencontraient l’énigme de ces grands yeux qui portaient, au fond de leurs prunelles, le rachat des péchés de la terre.

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Le Kyrie, le Gloria, le Credo… le chant grégorien monte ; les femmes, les enfants, les hommes écoutent, graves et réfléchis, ces mots qu’ils ne comprennent pas. Alors le Père Turquetil, le crucifix tendu, explique aux indigènes pourquoi il est venu et pourquoi désormais il vivra de leur vie.

Pour la première fois, les Esquimaux épellent lettre par lettre, mot par mot, le livre de Dieu.

La Croix les intrigue, le Sacré-Cœur les attire, pauvre Sacré-Cœur, ballotté par les vagues, qui est venu jusqu’ici, ouvrant à ces enfants déshérités ses bras secourables. Il est pitoyable, il est triste, il est bon. Un Esquimau demande :

— Père, c’est ton portrait ?

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