Maintenant, ils sortent : dans leur langue gutturale, ils commentent ce qu’ils ont compris, ce qu’ils ont vu. Les enfants croquent des bonbons, les femmes jacassent. Un vieillard, la joie au cœur, murmure :
— Kouillounamik ! Kouillounamik ! Je suis content ! Je suis content !
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Les années ont passé ; dans la misère et dans la joie, l’œuvre s’est poursuivie. La mort a couché un des deux ouvriers de la première heure, ce bon Père Le Blanc dont l’âme dévorante a usé le corps.
Il est tombé et Dieu l’a pris. Le Père Turquetil est resté seul ; tenace, volontaire et têtu, il n’a pas désarmé.
Qui dira ses tristesses et ses désespérances, alors que la famine rôdait, décimant les plus chers de ses fils, usant la patience des cœurs les mieux trempés ?
Le second hiver, le ravitaillement n’est pas venu… on a vécu comme on a pu… et depuis… et depuis. Ah ! Seigneur ! quelle longue misère ! Mais quelle joie aussi : après cinq ans de labeur acharné, le grain a germé et le 2 juillet 1917 douze Esquimaux, instruits, édifiés, recevaient le baptême.
Cinq ans de travail sans relâche, cinq ans de luttes, cinq ans d’efforts. Douze baptêmes !
Depuis, huit ans se sont écoulés. Le Père Turquetil a vu son troupeau croître. Notre-Dame-de-la-Délivrande est une église bénie de Dieu, une mission florissante. L’humble père est désormais préfet apostolique, il porte déjà son effort vers des rivages toujours plus au nord, où errent, dans l’ignorance et dans la nuit, des hommes… la Terre de Baffin l’appelle, il ira, il y vient[51].
[51] Pour 1927 est décidée la fondation de Pond Inlet, à l’extrémité nord de la Terre de Baffin, au 73°, à 700 kms au nord du Cercle Polaire.