Descendant la Rivière Rouge, elles ont traversé le lac Winnipeg, elles ont remonté les grands rapides et la Saskatchewan. Elles ont traversé des lacs immenses, pataugé dans des marécages, parcouru la Prairie dans des charrettes traînées par des bœufs, elles ont dormi à la belle étoile, dans la ronde insensée des maringouins, elles ont bravé les orages, les blizzards et les poudreries.

Rien ne les a arrêtées, rien n’a troublé la sérénité de leur âme.

Je les ai vues dans le Grand Nord, attentives et douces, se pencher sur les détresses humaines, le cœur débordant de pitié, je les ai vues, maternelles et divines, au milieu de leurs petits enfants.

Elles avaient des yeux où vivait la lumière.

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Elles étaient quatre qui partirent un matin de printemps.

Sur une barge, elles allaient vers l’Ouest.

Huit hommes aux bras robustes rament, scandant leur effort au rythme d’un refrain.

Les quatre petites sœurs sont installées au milieu des ballots et des caisses.

Montréal s’éloigne, Ville-Marie qui vit l’effort des pionniers et le dévouement de la Mère d’Youville, la première Sœur Grise. Leur Mère ! Le Mont Royal se dresse à l’horizon. Un tournant l’efface. Et voici l’inconnu.