Elles sont seules pour deux mois.

Des regrets ? Que sais-je ? Le vent qui enfle le flot du Saint-Laurent les emporte dans sa furie.

Dans leurs doigts glissent les grains du chapelet. Elles prient, demandant à Dieu « la force d’aller jusqu’au bout ».

Il pleut. Le vent est debout, les mariniers s’impatientent.

Le soir, on dresse la tente. Elles sont transies et se pressent autour du foyer. Tandis qu’on brûle d’un côté, on gèle de l’autre.

Voici les rapides. Les saintes filles sont mortes de frayeur, mais peu à peu elles s’habituent, bientôt elles plaisantent.

Les portages sont longs, il faut gravir la montagne, se frayer un chemin dans les broussailles, franchir des ravins sur des arbres couchés qui tremblent au passage.

D’un ciel bas, la pluie tombe, inlassable ; quand on marche, c’est la vase et la boue et l’eau jusqu’à mi-jambes.

Epreuve, la Sœur Lagrave tombe et se foule la cheville : on doit la transporter à travers des fondrières. Les hommes grognent et veulent les abandonner. Etre parvenues si loin pour échouer ! Enfin, deux Iroquois s’offrent qui porteront la blessée. La mission est sauvée.

Pendant dix jours, c’est un déluge et dans leur âme inaccoutumée la détresse grandit. Mais elles réagissent et trouvent la consolation dans un amour infini pour Celui-qui-les-mène.