Frère Leriche était saltimbanque ; il allait de foire en marché, de la Mayenne à la Vendée, amusant les badauds par ses tours et ses jongleries, et gagnant à ce jeu une maigre pitance.

Souvent, le ventre creux, il s’endormait aux bords des routes, à la belle étoile « auberge du Bon Dieu qui fait toujours crédit ».

Un jour de misère trop dure, le froid, la pluie, la faim, le chassent à travers les rues où rien ne vit. Une église est là, accueillante. Il entre. L’ombre chaude l’enveloppe et le prend, peu à peu, il voit des lumières et des fidèles attentifs. Une voix monte qui parle de la Vierge. Ces mots qui se suivent font une musique très douce à son oreille. C’est un ronron qui chante, berce, console, et la vie qu’il mène lui fait soudain horreur. Il veut se reprendre, se racheter, se sacrifier totalement.

Mgr Grandin passe, qui demande des serviteurs. Il dit :

— N’oubliez pas que votre vie ne sera qu’un long martyre.

Et le saltimbanque va trouver celui qui se fit une gloire d’être « l’évêque pouilleux ».

— Monseigneur, si vous daignez me prendre, je suis prêt.

Le Prélat hésite, ce Leriche n’est pas un riche cadeau à faire aux missions. Faire un Oblat de ce coureur d’aventures qui, par vaux et chemins, amuse la canaille qui gouaille et rit ?

Un matin, l’Evêque, songeur, suit la route qui mène d’Aron à Mayenne. Un couple devant lui l’intrigue : un grand diable dégingandé qui conduit avec précaution une bonne vieille en coiffe paysanne, cassée par l’âge et les douleurs.

C’était notre homme qui menait sa mère à l’hospice, l’entourant de soins minutieux et de puériles tendresses.