Un home-stead, 160 acres de terre, pour la minime somme de 10 dollars. Un chez soi pour si peu ! Oui, mais ce que cela représente de travail, d’énergie, de souffrances morales et physiques !
Tout est à créer : maison, grange, étable, champ, clôture, tables, lits, armoires, chaises, ces mille riens dont l’usage est journalier et que l’on se procure si facilement dans le bourg ou la ville. Mais ici ? Dans ce pays neuf, inculte, sauvage ?
Il faut tout faire soi-même, avec des moyens de fortune. Un colon doit être charpentier, menuisier, forgeron, bourrelier, vétérinaire, chercheur d’eau[5].
[5] L’eau douce est un des grands problèmes de l’Ouest canadien.
Sur ces 160 acres non défrichés encore, le colon et surtout sa femme, se sent seul, loin de tout, il a la sensation d’être isolé, perdu. Les hivers sont durs, les nuits longues.
Dieu ne l’oublie-t-il pas ?
Au début, il n’y a pas d’église ; or, l’église, pour le Canadien, est son second « foyer ».
La solitude enfante des terreurs : il y a les Indiens, les ours, les loups ! Et pourtant les Indiens sont de pauvres Cris, timides et doux, qui, bons voisins, ne demandent qu’à se rendre utiles, ce ne sont plus les Iroquois féroces de jadis qui mettaient en péril Montréal.
Il appréhende aussi la faim ; les premières moissons ne sont pas toujours très brillantes ; le colon n’a pas l’expérience de l’Ouest. La chasse ? Courir après l’orignal ? on peut s’égarer, on s’égare dans la forêt et c’est la mort certaine.
Le découragement naît dans son cœur comme un mauvais désir.