Alors paraît le missionnaire.
Dès qu’il y a un noyau de catholiques, Mgr Grouard établit un de ses prêtres, un Oblat.
Au Père Falher, qui m’explique ces choses, je dis :
— Je connais ces installations : une humble cabane de troncs d’arbres, couverte d’écorce, pas de plancher, une table sert d’autel, un rondin de sapin et voilà le siège. Dans un coin, le Père étend une couverture de laine, c’est là qu’il dort, n’est-ce pas ?
L’Oblat a un sourire :
— Vous ne voudriez pas que le curé soit mieux logé que ses paroissiens !
Tenez, je crois que ce sont les plus beaux jours de sa vie qu’il passe là. C’est dans la pauvreté qu’on fait le bien.
Le premier missionnaire, curé de Falher, est un ancien sergent, s’il vous plaît, qui connaît toutes les sonneries de son régiment et qui vous les siffle… Un Breton de chez nous, un dévoué, un humble, sachant se donner sans mesure. Tout à tous.
Il a compris son sacerdoce.
Tous les jours que Dieu fait, il est en chemin ! Il va de ferme en ferme, disant sa messe ici, prêchant là, exhortant les uns, consolant les autres : été comme hiver, sous le soleil, dans la tempête, il va, toujours sifflotant, toujours gai. Il porte la parole qui encourage et soutient, mais aussi des conseils. Le soir, à la veillée, il donne des nouvelles, c’est une gazette errante : à Québec, on dit… aux Etats, on fait… et les enfants… Ah ! les enfants ! On n’a pas pu les emmener, ils sont à Grouard chez les bonnes Sœurs de la Providence, sœurs maternelles bénies de Dieu.