— La stèle de Si-ngan Fou et son inscription chinoise annonçait au VIIIe siècle « la bonne nouvelle de la Vierge qui a enfanté en Syrie ».

Bonne nouvelle portée par qui en ces lointains pays ?

— Miracle de Marie ! Ici rien n’est arrivé de ce qui advint en Judée. Qui saura jamais la voie mystérieuse de la Providence ?

Et Mgr Grouard, évêque d’Ibora, vicaire apostolique d’Athabaska, lève ses mains au ciel.

Dans le palais épiscopal de la mission Saint-Bernard, je rassasie mes yeux de la vue de ce vieillard magnifique, de ce héros que j’ai la joie de pouvoir contempler. Il a quitté sa soutane violette et, coiffé d’une toque de castor, en robe noire, simplement, pareil à ses Pères, il vient de battre au piquet, par deux fois, le R. P. Blanchin, et maintenant nous devisons comme deux amis.

Du geste, il me montre la plaine, écrasée par la neige, où rien ne semble vivre.

— Tenez, ne dirait-on pas la plaine du Livre de Job ? « Sombre et morne région où l’ombre de la mort, le désordre et une horreur éternelle habitent. »

Le décor n’est rien, croyez-moi, le péché est sur toute la terre. Ici, au moins, ils avaient une excuse, ils ne savaient pas.

Mépris, avilissement de la femme-mère, de la femme-épouse, la bonté et la charité, des mots inconnus. Ils ne savaient pas. Et puis des épidémies s’abattaient, ravageant des tribus entières et la famine passait dans les camps, dévastatrice.

Tableau funèbre dont l’horreur est inscrite dans la prunelle de Mgr Grouard. Il se tait quelques instants, puis, comme s’il pensait tout haut, il poursuit :