— Une année, c’était, je crois, en 1863, j’ai remonté la rude rivière aux Liards, des jours et des jours de halage, les pieds dans l’eau, les portages et l’escalade des falaises à pic ; puis la descente vers la rivière des Wahanés, avec, comme toile de fond, la splendeur des Rocheuses.

Le Fort des Liards ! Mon Dieu ! comme ces choses sont lointaines ! Le vieux métis français Houle et sa femme. Une maîtresse femme, ma foi, devant qui tout pliait, son mari, les Indiens, les bourgeois du poste de traite et qui soutenait des thèses religieuses contre le pasteur Hunter… mais cela c’est une autre affaire.

Bonne femme Houle ! Si bonne pour le Père Gascon et Mgr Grandin, si bonne aussi pour moi.

Elle entre un jour, exaspérée :

— « Mon Père, voici la femme qui a tué son enfant. »

Cette femme, qui passait pour belle, avait un mari qu’elle abandonna pour en suivre un autre, quoiqu’elle eût déjà une petite fille.

Le mari, furieux, tue son beau-père et sa belle-mère, qu’il accuse d’avoir facilité la fuite de l’infidèle.

Lorsqu’elle apprend cela, celle-ci passe un lacet autour du cou de son enfant au maillot et l’étrangle en disant :

— « Penses-tu que je vais t’élever, après que ton père a massacré mes parents. »

Je la morigène :