— « Qu’as-tu fait, malheureuse ? Tu as tué ton enfant ? Les bêtes féroces elles-mêmes ont plus de cœur que toi, car elles aiment leurs petits, l’ourse se fait tuer pour sauver son ourson. »

Et je vais, je vais, la menaçant de l’Enfer et de tous les diables fourchus, puis j’essaie de la sermonner, de réveiller en elle quelques bons sentiments. Rien, pas un geste de regret, pas la moindre émotion.

Hors de moi, je la chasse :

— « Va-t’en ! »

Elle sort, et, s’adressant à Houle, elle dit :

— « Le Père a l’air furieux contre moi. Peut-être croit-il que c’est un garçon que j’ai tué ; mais non, explique-lui, ce n’est rien qu’une fille. »

Insensibilité, cœur de roche ? non, non, ils ne savaient pas. Ils ne savaient pas.

Du reste, il y avait parfois des tendresses dans le cœur de ces femmes. L’une d’elles — une Esclave de la rivière aux Liards également — vint un jour me trouver.

Elle pleurait et me dit sa misère, l’éternelle misère, la faim. La poursuite du gibier qui se dérobe, les orignaux, les chèvres, les lièvres polaires, rien, pas ça, pas même une perdrix.

Ils vont, elle et son compagnon, l’espoir les mène, la bête mauvaise ronge leurs entrailles. Ils marchent des milles et des milles et mangent ce qu’ils trouvent, des débris de peaux, et jusqu’à leurs mocassins.