« Hélas ! Père, me pardonnerez-vous, je n’ai pas mangé, mais j’ai bu le bouillon. »

Dans la salle où le crépuscule qui descend met des ombres, il y a un silence peuplé de fantômes.

Misère de ces pays abandonnés, infortune de ces tribus sauvages livrées à elles-mêmes, souffrance de ceux qui sont autour de moi et qui tous sont venus librement pour partager la peine de ces réprouvés !

Mgr Grouard se lève, il marche à petits pas, on l’entend murmurer :

— Venez, les bénis de mon Père, j’avais faim et vous m’avez donné à manger.

Puis il redresse sa taille et le lutteur réapparaît, le vieux lutteur qui a regardé, maintes fois, la vie et la mort face à face, qui, à quatre-vingt-cinq ans, n’a rien abdiqué de sa force et de sa volonté.

Dans ses yeux pétille toute la malice de sa race, cette race de paysans manceaux, fidèle, loyale et brave jusqu’à la témérité.

Il s’arrête, frappe ses mains l’une contre l’autre :

— Cent-trente-deux ! Père Blanchin, je vous dois une revanche ; Père Falher, une lumière, je vous prie.

Les mains du prélat battent les cartes, allumant une lueur à l’anneau d’améthyste.