Il y a dix camps dans un rayon de quelques milles, tous sont frappés, la désolation est partout.

Dans une tente close, par dix, par quinze, les morts sont entassés. Les loups rôdent, les corbeaux tournoient.

Un homme tient son enfant dans les bras. L’enfant est mort depuis deux jours et le père lui parle, il lui soulève les paupières, lui ouvre la bouche dans l’espoir insensé de surprendre la vie.

La Robe-noire passe, absolvant les mourants, bénissant les morts, annonçant :

— Ceux qui souffrent verront Dieu !

Il met dans tous les cœurs une longue espérance.

Vingt jours, vingt nuits, sans relâche, sans repos, il va. Et lui-même est frappé.

Que va-t-il devenir ? Que vont devenir ces malheureux ? Il sent le froid de la mort, la fièvre bat ses tempes.

Toute sa foi est en Dieu.

— Seigneur, vous savez pourquoi je suis venu ici. Si vous m’ôtez la vie, beaucoup de ces pauvres sauvages mourront sans baptême et ne verront jamais votre Face adorable. Ma tâche n’est pas terminée, ne me rappelez pas encore. Seigneur ! je veux encore me dévouer de toutes mes forces pour faire connaître et aimer votre Saint Nom…