Mais le vieil évêque discernait vite l’âme de feu qui animait l’apôtre et bientôt « frappé plus du mérite que de la jeunesse », il l’avait désigné pour l’épiscopat.

Cet honneur, il ne l’a pas voulu ; pauvre évêque errant dans un diocèse immense, a-t-il atteint la perfection de la charité par la perfection du sacrifice ?

Sur la neige, le soleil est éclatant, dans un ciel léger, les oiseaux passent. Et le Prélat sourit aux merveilleuses beautés de la nature, présent de Dieu aux âmes exilées.

Le Père Lacombe souffre en sa chair, les lanières de cuir blessent ses pieds déjà meurtris par des courses lointaines, mais « qu’ils sont beaux les pieds de ces hommes qui viennent annoncer la paix, apporter les vrais biens »[17] et l’esprit du missionnaire garde le souvenir de la scène sublime où, prêtre nouvellement ordonné, il vit Mgr Bourget s’incliner devant lui et lui baiser les pieds[18], symbole admirable… Depuis il a parcouru bien des routes, souffert bien des misères, il est l’homme de la Prairie, qu’il connaît dans ses moindres replis.

[17] Isaïe.

[18] 31 juillet 1847.

Mais sa tâche est loin d’être achevée, à chaque jour suffit sa peine et Dieu le mènera sur bien d’autres chemins.

Tout à coup, Mgr Taché se dresse. Le Paraclet le comble de sa grâce, et, plantant dans la neige son bâton, il prend possession de la terre.

— Ici, sera la nouvelle mission, ici, vous élèverez la chapelle et vous l’appellerez Saint-Albert, en l’honneur de votre saint patron.

… La neige a disparu. Les Indiens disent :