Les chiens ont croqué leurs poissons, ils creusent un trou dans la neige et s’endorment en boule. Les hommes mangent. La flamme éclaire leurs visages, visages rudes où se mêlent l’effort, la sérénité et la foi.

Ils ne parlent pas, suivant chacun un rêve différent.

Le Père, son espoir des âmes enfin conquises, le métis, l’unique désir de plaire à celui dont il s’est fait le serviteur.

Alexis porte en lui la double hérédité : blanche et crise, il a couru la terre du nord au sud, il connaît tous les secrets de la Prairie, il a vécu la belle vie de liberté, chassant le buffle, traquant le caribou, il a été « engagé », au service de l’Honorable Compagnie, relevant la piste des renards, des castors et des martres. Il a eu un foyer, mais la sauvagesse aimait les rubans et les perles multicolores, un commis passait, elle est partie. Alors il a suivi l’homme-de-la-prière, mettant sa confiance en lui.

Depuis, en toutes saisons, il l’accompagne ! A pied, à cheval, en canot, à travers les prairies et les bois ; sur la glace incertaine des lacs, dans les sentiers de la forêt, il oriente sa route.

Il se lève, ravive le feu, il reprend sa place et son rêve.

Rêve simple, rêve primitif, l’homme qui est là représente la miséricorde divine : le servir c’est servir Dieu.

Le Père est tout à son apostolat. Il a tout quitté pour les « missions sauvages » et la vieille maman attend, dans l’antique maison de Saint-Sulpice, le fils qui peut-être ne reviendra pas.

Vieille chère maman ! Vieille chère maison ! C’est là qu’un soir de 1695, Duhamel, dit « Sans-façon », revenant des champs, trouva son foyer saccagé, les petits enfants fous de terreur, sanglotant ; les Algonquins étaient venus, puis ils étaient partis, emmenant la sœur aînée impuissante.

Vieille chère maison où l’aïeule maternelle a connu la joie du retour !