Et l’homme-de-la-prière reprend sa course à travers la Prairie où sont les errantes brebis[19].

[19] Février 1865.

La saison est mauvaise, qu’importe ! Il gèle dur, la traîne ira plus vite, plus vite on rejoindra les Cris.

Le fidèle Alexis bat la neige devant les chiens, le Père Lacombe est près de lui. Ils vont depuis l’aube, jouant des raquettes sans échanger un mot. La misère pèse sur leur âme, la fatigue les brise. Une trace est là qu’il faut suivre ; les Indiens ne peuvent être loin, mais dans le mirage des neiges, le but recule qu’on croit atteint.

Voici la rivière La Biche, sur la rive un maigre taillis se hérisse. On va pouvoir dresser la tente.

Le métis siffle. Les chiens s’arrêtent et secouent leurs harnais.

— Mon Père, je suis content de faire « chaudière ».

Le Père Lacombe avoue :

— Je commençais à traîner les raquettes.

Les bêtes dételées s’ébrouent. On prépare un lit de branchages, une brassée de bois sec et le feu pétille sous la marmite.