[22] Kenora.
[23] Le Père Lacombe.
Apostolat difficile, patience de tous les instants ! Blasphème, profanation, ivrognerie, grossièreté, brutalité, qu’importe ! la Robe-noire est là, prête au pardon de toutes les fautes, à l’absolution de tous les péchés.
Dieu habite une hutte rustique et le miracle s’accomplit.
Après la rude journée, des hommes viennent, ils entrent, un à un, ou par groupe de trois, le bonnet à la main, en habit de travail, faces hâlées, têtes hirsutes, barbes broussailleuses, mentons blancs-becs, les gros souliers cloutés râpent le plancher. Assis sur le bord des bancs, ils chantent.
Au fond du limon des âmes, il y a des réminiscences enfantines. Noël ! Noël ! Peu à peu, le passé remonte de l’ombre.
Une note, un air fugitif, c’est toute une époque qui revit. C’est l’église du village aux murs blanchis, aux saints naïfs, la bonne grosse voix du curé, les fillettes aux tresses blondes, le fichu des grand’mères, la blouse bleue des paysans.
Le banc du catéchisme et, sur l’autel, la Vierge qui tient dans ses bras un tout petit enfant.
Cet enfant lui ressemble comme un frère, il est pareil à lui, ils ont joué tous deux, sur la place, sous les platanes feuillus.
Et deux grosses larmes hésitent aux bords de ses paupières et roulent sur les joues ; du revers de sa main calleuse, il les efface.