LA CHANSON DU TRAVAIL

Au matin, les gars s’en vont, l’outil sur l’épaule, les mules font tinter leurs grelots, les ânes aux pattes grêles trottinent, les bœufs tirent de lourds chariots bâchés. Une jument rue, un cheval piaffe.

Il y a des cris, des appels et des rires.

Tous saluent la Robe-noire, debout sur le seuil de sa porte.

Pour chacun, le prêtre a un mot, il les reconnaît tous. Ce gamin aux yeux rieurs, c’est Sylvestre L’Heureux, un Canadien français de Saint-Hyacinthe.

— Buenos dios, padre.

Celui-ci, au teint couleur d’olive, c’est Rodriguez, un Espagnol qui prouve que le Maure occupa les Espagnes.

Goodtag, c’est Johan Johnson, un Islandais de Reykiavik.

— Bonjour, Patrick, gare au brandy !

Et l’Irlandais lève la main pour perpétuer son serment : serment d’ivrogne ? Peut-être… mais le Père est si indulgent.