Déjà l’alcool et les maux inconnus vont en croupe des trafiquants.
Autour des clochers, à l’ombre de la Croix, des villages se sont établis. La moisson des âmes a mûri malgré les bourrasques et malgré la tempête.
Mais la marée monte de l’immigration : Ruthènes, Galiciens, Irlandais, Petits Russiens, Piémontais et Lombards, tout ce qui souffre dans les bas quartiers de Rome, de Londres, de Paris, dans les ghettos de Pologne, de Hollande, ou d’Autriche, tout ce qui aspire à la lumière, à l’air pur, traverse l’Océan.
Ils avancent vers les plaines du Manitoba, de la Saskatchewan, ils arrivent, ils sont là.
Les ministres protestants ne craignant plus d’être scalpés les suivent ; ils ont de l’or, des présents, une morale plus souple et plus facile.
— Que va devenir votre peuple, Seigneur ?
La lune affamée[24] roule toutes les nuits dans le ciel morne et le bison a disparu.
[24] Epoque à laquelle disparaissent les bisons pour quelques semaines.
La dernière expédition, quelle tristesse, quel désastre !
Une chaleur torride, les orages qui balaient la Prairie, emportant tout sur leur passage. Hélas ! la Prairie est morte. Des cavaliers passent qui ont perdu la fierté de jadis ; dressés sur les étriers, ils fouillent du regard l’horizon, mais rien ne bouge, rien ne vit.